PRECISION CLINIQUE D’UN TOPOGRAPHE CORNEEN AVANCE AVEC ANALYSE DU FILM LACRYMAL ..

.. DANS L’EVALUATION FONCTIONNELLE ET STRUCTURELLE DE LA
MALADIE DE L’OEIL SEC


Jihei Sara Lee,Ikhyun Jun,Eung Kweon Kim,Kyoung Yul Seo &Tae-Im Kim
Pages 134-140 | Received 06 Feb 2020, Accepted 09 Apr 2020, Published online: 18 Apr
2020 https://doi.org/10.1080/08820538.2020.1755321

RESUME
Objectif : la sécheresse oculaire est une maladie courante qui réduit
considérablement la qualité de vie. La prévalence de la maladie augmentant, de
nombreux instruments commerciaux ont été mis au point afin de réaliser des mesures
concernant la surface oculaire des yeux secs, mais aucun appareil n’a encore réussi
à effectuer des mesures complètes. L’étude actuelle vise à étudier la précision clinique
et l’utilité du topographe Antares dans le diagnostic de la maladie de l’oeil sec.

Méthodes : Trente-trois patients consécutifs ont réalisé les tests de la mesure du
premier temps de rupture du film lacrymal (NIF-BUT), de la hauteur du ménisque
lacrymal (TMH) et de la méibographie avec le topographe Antares. La méibographie
avec le scanner LipiView a également été réalisée. Des examens à la lampe à fente
ont été effectués pour évaluer les glandes meibomiennes (MG) et le temps de rupture
du film lacrymal à la fluorescéine (FBUT). Le test de Schirmer 1 a été effectué. Les
scores de l’indice des maladies de surface oculaire (OSDI) ont été notés.

Résultats : Trente-trois yeux de 33 patients (âge moyen 61,5 ± 10,6 ans, fourchette
37,5-76,4 ans, 27,3 % d’hommes) ont participé à l’étude. Selon les mesures de
l’Antares, le NIF-BUT de la population de patients était de 5,0 ± 3,4 secondes en
moyenne (1,1-15,0 secondes), et l’HTM était de 0,2 ± 0,1 mm au centre (0,1-0,5 mm).
Le score moyen de l’OSDI était de 22,4 ± 16,6 points (0,0-79,5 points). Lors du calcul
des corrélations, des corrélations significatives ont été trouvées entre le NIF-BUT du
topographe Antares et le FBUT (r = 0,538, P = 0,001), et entre la perte de glandes
meibomiennes du topographe Antares et celui de l’interféromètre LipiView (r = 0,446,
P=0,009). La FNI BUT et la FBUT d’Antares étaient en accord l’une avec l’autre (95%
limites d’accord (LOA) -5,04 ± 6,37, P=0,198), tout comme les images infrarouges du
topographe Antares et celles de l’interféromètre LipiView (95% LOA -0,25 ± 0,35,
P=0,073).

Conclusion : Le topographe Antares est utile dans le diagnostic du syndrome d’oeil
sec. Parmi ses résultats, le NIF-BUT et la perte de glande meibomienne sont les plus
étroitement corrélés avec les modes de diagnostic actuellement acceptés. Cependant,
des examens cliniques simultanés sont recommandés pour le suivi clinique.

Efficacité de la méniscométrie en bandelette pour le diagnostic du syndrome de l’œil sec

Objectif
Évaluer l’efficacité du test de méniscométrie en bandelettes pour le syndrome d’œil sec (DED) en mesurant la corrélation entre la méniscométrie en bandelette et les mesures issues de tests conventionnelles.

Méthodes
Tous les sujets ont été examinés en utilisant le test de Schirmer, le temps de rupture du film lacrymal (TBUT) et la méniscométrie en bandelette en utilisant le SM Tube (Echo Electricity Co., Ltd., Fukushima, Japon). La hauteur du ménisque lacrymal (HML), la profondeur du ménisque lacrymal (PML) ainsi que la zone du ménisque lacrymal (ZML) ont été mesurées à l’aide d’une tomographie à cohérence optique dans le domaine de Fourier. Le groupe DED (n = 46 yeux) a été comparé au groupe normal (n = 30 yeux) et la corrélation a été évaluée à l’aide du coefficient de corrélation de Spearman.

Résultats
La mesure prise à l’aide du SM Tube est significativement corrélée au score du Schirmer Test (r = 0,6080, p <0,01), du TBUT (r = 0,5980, p <0,01), de la HML (r = 0,6210, p <0,01), de la PML (r = 0,6080, p <0,01 ) et de la ZML (r = 0,6370, p <0,01). La méniscométrie en bandelette est significativement plus faible dans le groupe DED (4,58 ± 1,94 mm) que dans le groupe de yeux normaux (7,07 ± 2,61 mm, p <0,05).

Conclusions
Le SM Tube est significativement corrélé avec d’autres mesures de tests conventionnelles pour la détection du syndrome de l’œil sec. La méniscométrie en bandelette prend moins de temps et est une méthode moins invasive que le test de Schirmer. Le SM Tube pourrait être un outil efficace pour évaluer les patients atteints du syndrome de l’œil sec en milieu clinique.

Moon Kyoung Kim, MD,1 Yong Woo Ji, MD,1,2 Hyung Keun Lee, MD, PhD,1,2 Kyoung Yul Seo, MD, PhD,1 Eung Kweon Kim, MD, PhD,1,2 and Tae-im Kim, MD, PhD 1,2
Received July 07, 2016; Revised August 02, 2016; Accepted September 20, 2016

🖱 SM Tube

AS-OCT dans le suivi d’ectasie cornéenne et Cross-linking

L’ectasie cornéenne est une atteinte oculaire progressive caractérisé par un amincissement et une courbure modifiée de la cornée, qui peut engendrer une déficience visuelle modérée à grave. L’ectasie cornéenne peut d’une part se traduire comme un processus progressif et dégénératif non-inflammatoire comme le kératocône ou la dégénérescence pellucide marginal, mais également par un effet iatrogène survenant à la suite de traitements chirurgicaux comme le LASIK. Les deux entités pathologiques sont caractérisées par un amincissement progressif et une courbure cornéenne accrue. En conséquence le suivi est indispensable afin d’éviter toute progression qui pourrait être traité par cross-linking. Les mesures nécessaires pour décrire la progression de l’ectasie cornéenne consistent à analyser la kératométrie maximale, l’épaisseur et l’élévation postérieure de la cornée. Tandis que la kératométrie maximale peut être mesurée par un grand nombre de dispositifs médicaux, il est obligatoire de posséder un tomographe d’élévation postérieure afin de mesurer la pachymétrie et l’élévation postérieure cornéenne. De nos jours les topographes cornéens sont basés sur la kératographie vidéo (Placido, caméra Scheimpflug) comme le Pentacam d’Oculus (Optikgerate GmbH,Wetzlar,Germany) qui met en avant la courbure antérieure et postérieure. Bien que cette méthode soit fiable dans la détection des kératocônes précoces ou des dégénérescences pellucides marginales avec cornée claire, il est possible de rencontrer des problèmes dans les kératocônes avancés ayant subi divers traitements ou haze post cross-linking. Les opacités cornéennes entraînent la diffusion de la lumière, ce qui réduit la précision du topographe et son évaluation numérique. Par exemple lors de mesure post cross-linking l’épaisseur cornéenne est considérablement sous-estimé avec la caméra Scheimpflug tandis qu’elle donne un résultat identique en utilisant la pachymétrie par ultrason ou l’OCT.

Afin d’illustrer ces résultats, nous présentons un cas d’ectasie post-LASIK par microkératome ainsi que le suivi post cross-linking. Comme nous pouvons le constater sur la figure 1, le volet cornéen du LASIK a une épaisseur de près de 280 microns, ce qui donne une pachymétrie stromale résiduelle d’environ 240 microns. La partie inférieure semble remplie de « tissu salzmannoïde » et d’épithélium (*)

Figure 1. Œil droit : OCT cornéen d’un patient avec ectasie post-LASIK réalisé avec microkératome. Le volet cornéen à une épaisseur d’environ 280 microns donnant une pachymétrie stromale proche de 240 microns. La partie inférieure semble remplie de « tissu salzmannoïde » et d’épithélium (*)

Le MS-39 donne une pachymétrie minimale de 427 microns située en inferieur, à une distance de 1 mm, du sommet de la cornée (figure 2), conformément à la pachymétrie donné par ultrasons et caméra scheimpflug (figure 3B). L’image scheimpflug est transparente et ne montre aucun signe d’« hyper-réflexion»  (figure 3A).

Images topographiques mesurées par MS-39 avant cross-linking

 

Dystrophie de Fuchs

Des premiers changements à la kératopathie bulleuse …

La dystrophie de Fuchs est une forme de dystrophie cornéenne, généralement bilatérale et à progression lente. Elle affecte l’endothélium cornéen avec l’accumulation d’épaississements focalisés de la membrane de Descemet appelée guttata (gutta = drop).

Ces anomalies entraînent une perte progressive de la fonctionnalité des cellules endothéliales, ce qui conduit à un oedème de la cornée et une perte de la vision.
À tous les stades de la maladie, le MS-39 permet la détection de modifications subtiles de la cornée, de l’endothélium à l’épithélium.

1- Traces : Cornea Guttata
Dans les cas légers de dystrophie de Fuchs, l’épithélium cornéen et le stroma sont normaux, tandis que la couche endothéliale est anormalement épaissie, hyper-réfléchissante, avec des irrégularités de profil mineures dues au développement de guttata. À ce stade initial de la maladie, la guttata endothéliale n’induit que des changements visuels mineurs dus à la diffusion de la lumière, et la pompe endothéliale n’est pas significativement affectée (Figure 1, 2).

Dystrophie de Fuch : Image d’une section de 16mm d’un stade précoce.
Figure 2. Image d’une section de 8mm d’un stade initial d’une dystrophie de Fuch (Cornea Guttata).

 

2- Léger : Premiers changements stromales
Au fur et à mesure que la pompe endothéliale commence à être compromise, le stroma devient plus épais et moins transparent, affectant la vision de manière plus significative. Lorsque cette condition dure pendant une période de temps suffisante, le stroma sous-épithélial perd sa transparence, montrant un aspect de brume lors de l’examen à la lampe à fente (figure 3, 4, 5, 6).

Figure 3. Image d’une section de 16mm d’un stade léger d’une dystrophie de Fuch : épaississement stromal.
Figure 4. Image d’une section de 8mm d’un stade léger d’une dystrophie de Fuch avec les premiers changements
stromales.
Figure 5-6. Cartes montrant l’augmentation de l’épaisseur dans l’intégralité de la structure cornéenne ainsi que
l’amincissement irrégulier de l’épithélium.

 

3- Modéré : Changements stromales significatifs et kératopathie bulleuse
précoce
À mesure que la maladie progresse, l’épaississement stromale augmente encore. La
transparence du stroma et de l’épithélium est compromise, des plis endothéliaux et un épaississement épithélial avec des bulles apparaissent (Figure 7, 8).

Figure 7. Image d’une section de 16mm d’un stade modéré d’une dystrophie de Fuch affectant de manière significative l’ensemble des couches cornéennes.
Figure 8. Image d’une section de 8mm d’un stade modéré d’une dystrophie de Fuch affectant de manière significative l’ensemble des couches cornéennes.

 

4- Sévère : Kératopathie bulleuse
Une défaillance supplémentaire de la pompe endothéliale entraîne une perte de transparence majeure, des plis endothéliaux plus importants et des modifications épithéliales bulleuses (Figure 9, 10, 11).

Figure 9. Image d’une section de 16mm d’un cas de kératopathie bulleuse sévère.
Figure 10. Image d’une section de 16mm d’un cas de kératopathie bulleuse sévère.
Figure 11. Cartes montrant l’épaisseur très importante de toute la structure cornéenne et l’épaisseur irrégulière de
la couche épithéliale.

 

À travers toutes les étapes de la décompensation cornéenne, les scans haute résolution fournis par le MS-39 permettent la détection de subtiles modifications cornéennes, de l’endothélium à l’épithélium.
Les opacités stromales sous-épithéliales, ressemblant à de la brume, ne disparaissent pas complètement après la transplantation endothéliale, ce qui réduit la récupération de la fonction visuelle. La détection et la surveillance précoces de ces modifications sont obligatoires afin de permettre une intervention chirurgicale en temps opportun.

CLAUDIO MACALUSO, M.D.
University of Parma and National Research Council – Parma, Italy

 

Dégénérescence nodulaire de Salzmann

La dégénérescence nodulaire de Salzmann est une maladie à progression lente dans laquelle des nodules élevés gris-blanc à bleuâtre mesurant 1 à 3 mm sont vus en avant de la membrane de Bowman, généralement bilatéralement et situés près du limbe ou dans la cornée périphérique (figure 1).

Ces nodules se composent d’une zone fibreuse située entre l’épithélium cornéen qui est aminci et la couche de Bowman qui est alors fragmentée ou absente (figure 2), en plus de fibrilles de collagène désorganisées en dessous de l’épithélium.

La cause et le mécanisme pathogénique sont tous deux mystérieux, à tel point que beaucoup pensent que ce n’est pas une seule entité 72 à 88% des cas surviennent chez les femmes. De nombreux yeux atteints de cette dégénérescence sont asymptomatiques.

Habituellement, il n’y a pas de perturbations jusqu’aux stades avancés de la maladie, lorsque des érosions cornéennes récurrentes surviennent accompagnées d’une inflammation oculaire conséquente, d’une photophobie, de blépharospasmes, de larmoiements et d’une diminution de l’acuité visuelle.

Aucune résolution spontanée n’a été signalée à ce jour. Le traitement peut être médical ou chirurgical selon le tableau clinique.

La prise en charge médicale inclut généralement une lubrification oculaire, un collyre stéroïdien, des compresses chaudes et une bonne hygiène des paupières.
L’utilisation de stéroïdes doit être strictement contrôlée.

La prise en charge chirurgicale est prise en compte en cas de sévères inconfort oculaire ou d’acuité visuelle réduite due à un astigmatisme irrégulier.

La kératectomie superficielle, parfois associée à la PTK, est efficace dans 90% des cas. Dans 10 à 15% des cas, des récidives oculaires peuvent survenir après plusieurs années.

Dégénérescence nodulaire de Salzmann : vue à la lampe à fente.
Image d’une coupe de 16mm de large montrant la localisation exacte des nodules cornéens

 

Les scans haute résolution fournis par le MS-39 permettent de détecter l’emplacement exact des nodules, localisés entre l’épithélium cornéen aminci et la membrane de Bowman.

ANDREA BEDEI, M.D.
Study Oculistici – Lucca, Italy

Imagerie AS-OCT lors de vos adaptations de lentilles sclérales

Au cours des 15 dernières années, il y a eu une augmentation du nombre de porteur de lentilles cornéennes sclérales (LCS), non plus limités à des patients atteints d’affections oculaires graves telles que l’ectasie cornéenne, des conditions post-kératoplastie ou problèmes d’exposition, mais également aux patients ayant une cornée « non pathologiques » (5). Cette renaissance est due à la disponibilité actuelle de matériaux hautement perméables à l’oxygène pour la fabrication de LCS, à un large éventail de conceptions, à une connaissance accrue du praticien et à une instrumentation moderne qui aident les praticiens lors de leur routine clinique. Plus récemment, l’introduction de l’imagerie par tomographie par cohérence optique du segment antérieur (AS-OCT) a permis d’améliorer encore un peu plus l’ajustement des lentilles sclérales, en plus des dispositifs plus traditionnels tels que la lampe à fente et le topographe cornéen. Plus précisément, l’AS-OCT permet aux praticiens d’évaluer la jonction cornéo-sclérale et la courbure sclérale, de surveiller l’ectasie cornéenne et l’œdème cornéen induit par la lentille, de mesurer l’épaisseur épithéliale et la clearance, et d’évaluer l’alignement de la zone de dégagement (7, 8). Un grand nombre de ces avantages potentiels sont discutés dans le cas clinique suivant montrant le cas d’une adaptation post de kératoplastie post-pénétration.

Un kératocône bilatéral a été diagnostiqué chez un patient de 55 ans à l’âge de 16 ans. Après une adaptation lentille optimale pendant environ 16 ans, sa tolérance lentille s’est dégradé provoquant des cicatrices cornéennes, il a donc ensuite subi une kératoplastie pénétrante (PK) à l’âge de 31 et 33 ans dans l’œil droit et gauche respectivement (Figures 1 et 2). Vingt ans après sa chirurgie, sa correction de lunettes était insatisfaisante. Il portait deux paires de lunettes, une pour la vision de loin et l’autre pour la lecture, et il s’est plaint d’une diminution importante de sa qualité de vie liée à la vision au cours des années précédentes. La réfraction de son œil droit est de -5,00 (-9,00) 75° et de -7,00 (-3,75) 170° pour son œil gauche avec une addition de +1,75 D pour la lecture. Sa meilleure acuité visuelle à fort contraste était de 0,22 logMAR (environ 6/10) et -0,04 logMAR (environ 11/10) à droite et à gauche, respectivement. Alors que, à faible contraste (12,5%), la BCVA a diminué de manière significative à 0,86 logMAR (environ 1,4/10) et 0,26 logMAR (5,5/10) dans les deux yeux, respectivement. Bien qu’il ait une certaine résistance à l’utilisation de lentilles de contact en raison de ses souvenirs de faible confort avant la chirurgie, il a essayé un nouveau port afin de tenter d’améliorer la qualité de sa vision.

 

Figure 10. AS-OCT image de l’œil droit. a) scan 90° b) scan 180°. Les deux scans ont été obtenus immédiatement après retrait des lentilles sclérales portées durant 4 heures d’affilé.

 

 

 

AS-OCT image de l’œil gauche. a) scan 90° b) scan 180°. Les deux scans ont été obtenus immédiatement après retrait des lentilles sclérales portées durant 4 heures d’affilé.

 

Initialement, il avait eu un essai avec des lentilles rigides perméables au gaz, mais avec des résultats médiocres en raison de la difficulté à stabiliser les lentilles sur cette topographie cornéenne particulière (Figures 3 et 4). La carte d’élévation antérieure de la cornée (Figure 3a) montre plus de 250 microns de différence entre le point le plus élevé et le point le plus bas situées sous et au-dessus de la meilleure sphère de référence, qui avait un rayon de 6,94 mm pour l’œil droit. La différence d’élévation la plus élevée se situait dans la région temporale inférieure. Le patient était équipé de lentilles sclérales sur ses deux yeux (Figure 5). Celles-ci avaient un diamètre total de 16,5mm et 4300 et 4600 microns de profondeur sagittale pour l’OD et l’OS respectivement. Avec les lentilles sclérales, l’AV avec meilleure correction visuelle (BCVA) à contraste élevé est passée à 0,02 logMAR (environ 9/10) et à -0,10 logMAR (12/10) dans les yeux droit et gauche. Alors que, à faible contraste (12,5%), la BCVA a diminué comme prévu à 0,26 logMAR (environ 6/10) et 0,16 logMAR (5/10) dans les deux yeux, respectivement. Pour éviter de porter des lunettes pour la vision de près, il a été équipé en lentilles monovision, avec son œil droit pour la VP (sous correction de -2,00 D) et son œil gauche (œil dominant) pour la VL. Le patient fut satisfait pendant ses 10 heures de port et n’a eu que quelques rougeurs bulbaires. Il n’a pas eu de vision trouble en milieu de journée et il ne s’est pas plaint de difficultés au retrait des lentilles. Lors de la vision de contrôle, un léger froissement épithélial a été noté. Une asymétrie dans le dégagement apical de la lentille en horizontal et vertical fut observé à la lampe à fente (Figure 6). L’épaisseur du film lacrymal sous la lentille sclérale dans la zone supérieure était d’environ 1/5 de l’épaisseur de la lentille tandis qu’en inferieur cette épaisseur était d’environ 1,5 fois celle de la lentille. Etant donné que l’évaluation à la lampe à fente fut possible, un bon alignement apical était présent en raison de la faible présence de blanchiment sous la zone de dégagement (Figure 7).

 

Figure 3. Cartes topographiques de l’œil droit a) carte d’élévation antérieur de la cornée ; b) carte tangentielle de la cornée antérieure.

 

Figure 4. Cartes topographiques de l’œil gauche a) carte d’élévation antérieur de la cornée ; b) carte tangentielle de la cornée antérieure.

 

Figure 5. Lentilles sclérales immédiatement après insertion dans a) œil droit et b) œil gauche.

 

Figure 6. Section optique de l’adaptation de la lentille sclérale de l’œil droit. Le film de larme est coloré avec de la fluorescéine.

 

Figure 7. Evaluation de la zone d’appui à la lampe à fente. Un blanchissement modéré est présent mais il se peut que cela soit un artefact du à la diffusion de la lumière par le bord épais de la lentille.

 

Figure 8. Rapport d’un questionnaire NEI-VFQ-25 dans deux conditions avec lentilles et lunettes.

 

Le patient a été invité à répondre à la version italienne comprenant 25 items du questionnaire « National Eye Institute Visual Function Questionnaire » en condition de port de lunettes puis de lentilles. A noter en Figure 8 que les scores de 11 sous-items sur 12 étaient nettement meilleurs (100 indique le meilleur fonctionnement, tandis que 0 indique le plus mauvais fonctionnement) dans les conditions de port de lentilles. De toute évidence, cela se reflétait également dans le score global (moyenne de 12 sous-items). Même la santé générale s’est améliorée grâce à l’utilisation de lentilles sclérales par rapport aux lunettes. L’impact positif des lentilles sclérales sur les patients a déjà été signalé.

Les résultats ici rapportés étaient extrêmement favorables et on pourrait en effet penser que l’asymétrie du dégagement apical et limbique apparaît négligeable au regard des résultats globaux. Cependant, si nous analysons l’évaluation à AS-OCT, nous pouvons confirmer certains aspects et obtenir de nouvelles informations.

Sur les figures 9 et 10, les scans verticaux et horizontaux de l’œil droit et gauche après 4 heures de port sont reportés. Les images confirment l’asymétrie des dégagements cornéen et limbique observés à la lampe à fente. L’AS-OCT offre clairement la possibilité de mesurer avec précision l’épaisseur de la couche lacrymale en tout point. La mesure de distance par l’OCT doit tenir compte de l’indice de réfraction des différents milieux révélé par le principe d’interférométrie des OCT, et le praticien doit être conscient de cette caractéristique et ne doit généralement pas considérer que l’imagerie OCT est similaire à un appareil photographique. Cela signifie que la mesure prise entre la surface interne de la lentille et la surface cornéenne peut être affectée par des erreurs de précision micrométriques par rapport à l’absence d’imagerie interférométrique. Ces erreurs augmentent du centre de l’image à la périphérie. L’évaluation du dégagement cornéenne et limbique présente un autre avantage des OCT : la possibilité d’évaluer le méridien horizontal, qui est plus difficile avec une lampe à fente.

Outre l’image du méridien horizontal et la précision accrue de la mesure de la couche lacrymale, on pourrait penser que l’AS-OCT n’offre aucune valeur supplémentaire. Cependant, la figure 11 présente un épaississement conjonctival qui aurait autrement été non détectée. L’épaississement conjonctival pourrait être lié à la zone de dépression cornéenne relative. Bien que les conséquences potentielles ne soient pas bien comprises, il serait néanmoins plus prudent d’éviter cette affection. Ceci peut être géré en diminuant la clairance du film lacrymal dans la zone épaissie.

Par conséquent, en plus des résultats positifs lors des adaptations lentilles, l’AS-OCT peut anticiper un problème plus difficile à détecter avec la lampe à fente et aider à mieux identifier la différence des dégagements apical des différents modèles de lentilles sclérales.

De plus, l’AS-OCT offre la possibilité de mesurer l’épaisseur épithéliale. En fait, aucune autre technologie non invasive ne peut mesurer l’épaisseur épithéliale avec une résolution aussi élevée. Les informations concernant l’épithélium cornéen peuvent être cruciales dans le suivi de l’ajustement des lentilles. Les changements épithéliaux peuvent être causés par la relation mécanique entre la conception de la lentille (dégagement, contact et moulage, etc.) et le stress hypoxique. Dans le cas présent, une épaisseur épithéliale moyenne de 58 µm (allant de 44 à 71 µm) est visible à la figure 12. Cette large plage de 27 µm équivaut à près de la moitié de la valeur moyenne. Aucune action sur l’ajustement de la lentille n’est pris en compte en ce qui concerne ces caractéristiques de l’épithélium qui étaient présentes avant l’ajustement. Néanmoins, ces caractéristiques doivent être surveillées lors des visites de suivi afin d’observer les éventuels changements.

 

Figure 9. AS-OCT image de l’œil droit avec lentille sclérale. a) scan 90° b) scan 180°. Les deux scans ont été obtenus après 4 heures de port. Les dégagements cornéen et limbique sont clairement visibles.

 

On sait que la zone limbique a une morphologie différente pour chaque méridien. En utilisant l’AS-OCT, il est possible d’étudier la pression exercée sur la conjonctive et la sclérotique par la lentille (Figure 13), tandis qu’avec la lampe à fente, il est uniquement possible de déduire la pression en examinant indirectement le blanchissement de la conjonctive, ainsi que la constriction des vaisseaux sous le bord de la lentille (Figure 7). Par conséquent, en ce qui concerne l’évaluation de la lampe à fente, l’AS-OCT peut aider à visualiser plus précisément comment la périphérie de la lentille appuie sur la zone sclérale et comment elle est située sur la zone limbique à chaque méridien.

Bien que la lampe à fente reste l’outil de référence dans l’évaluation de l’adaptation des lentilles sclérales, l’AS-OCT peut offrir une meilleure compréhension de la relation complexe entre le design sophistiqué des nouvelles lentilles avec le profil du segment antérieur cornéen, limbique et scléral.

 

Figure 10. AS-OCT image de l’œil gauche avec lentille sclérale. a) scan 90° b) scan 180°. Les deux scans ont été obtenus après 4 heures de port. Les dégagements cornéen et limbique sont clairement visibles.

 

Figure 11. AS-OCT image d’un épaississement conjonctival de l’œil droit visible dans le méridien à 270°.

 

Figure 12. Carte épithéliale de l’œil droit montrant la grande différence entre la zone des 3mm centraux et celle entre 3 et 6mm.

 

Figure 13. Evaluation de la zone d’appuie de la lentille sclérale de l’œil droit dans l’axe à 0° obtenue avec ‘AS-OCT.

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En complément de l’évaluation biomicroscopique fait à l’aide d’une lampe à fente, un OCT de segment antérieur offre la possibilité d’évaluer l’adaptation des lentilles sclérales, permettant par conséquent d’assister le praticien dans l’adaptation et le suivi de ses porteurs de lentilles sclérales.

 

 

FABRIZIO ZERI O.D. – MAURO FRISANI O.D. – SILVIA TAVAZZI O.D. – SHEHZAD NAROO O.D.

University of Milano Bicocca – Milan, Italy and School of Life and Health Sciences, Aston University – Birmingham, United Kingdom

Optics and Optometry, Dep. Of Physics, School of Nature Sciences, University of Turin – Turin, Italy

School of life and Health Sciences, Aston University – Birmingham, United Kingdom

 

 

Décompensation cornéenne avec uvéite granulomateuse antérieure

Un cas complexe de chirurgie de la cataracte

Le cas présent porte sur un patient présentant une décompensation cornéenne avec une kératopathie bulleuse et une uvéite granulomateuse antérieure à la suite d’une chirurgie de la cataracte complexe. La patiente a subi une opération de la cataracte et a eu une rupture de la capsule postérieure accompagnée d’une hémorragie du vitré. Une semaine après la chirurgie de la cataracte, une vitrectomie postérieure a été réalisée. L’épithélium cornéen a été ablaté pendant la vitrectomie et une lentille pansement a été appliquée afin de réduire la douleur.

Une semaine après la vitrectomie, la cornée est apparue œdémateuse avec des plis de Descemet ainsi qu’une décompensation cornéenne initiale. Malgré un traitement approprié, la patiente est revenue à l’hôpital avec une kératopathie bulleuse et une uvéite granulomateuse.

Figure 1. Décompensation cornéenne avec œdème stromal et précipités kératiques ponctués superficiels (KPS) à la suite d’une chirurgie complexe de la cataracte.

 

Figure 2. Œil Gauche : Détail de la kératopathie bulleuse avec KPS à la suite d’une chirurgie complexe de la cataracte.

 

Figure 3. Œil Gauche : Topographie cornéenne confirmant la présence d’une kératopathie bulleuse.

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Le scan haute résolution réalisé grâce à l’OCT de segment antérieur MS-39 est un examen utile pour les patients ayant une uvéite antérieure. Les détails précis des KPS ainsi que des lésions épithéliales visible grâce au MS-39 permettent un diagnostic précis de la maladie ainsi que la prescription de soins adaptés. De plus, l’image OCT est une technique non invasive parfaitement appropriée en cas d’inflammation pour des patients atteints de lésions cornéennes et de kératopathie.

 

CHIARA POSARELLI, M.D. PhD, MARIA PIA BARTOLOMEI, M.D., MICHELE FIGUS, M.D. PhD

University of Pisa – Pisa, Italy

Plaie cornéenne

Mécanisme de compensation

Les blessures cornéennes acquises à un âge précoce peuvent conduire plus tard dans la vie à des modifications de la topographie antérieure presque imperceptibles. Cependant, à l’aide des informations compilés avec le MS-39, il est possible d’obtenir des résultats détaillés et de comprendre certains mécanismes de compensation cornéenne.

1/ Première observation

Lors de l’examen d’une topographie cornéenne, la première image que nous examinons habituellement est la carte sagittale antérieure. Bien que dans ce cas une légère asymétrie soit présente, il n’y a néanmoins aucune raison de suspecter une anomalie.

 

Figure 1. Œil droit : carte sagittale antérieur montrant une asymétrie superficielle presque imperceptible

 

2/ Seconde observation

Le second aspect de cette analyse consiste à observer la multicarte (élévation antérieure et postérieure, pachymétrie et puissance kératométrique tangentielle). La présence d’un amincissement localisé et d’une élévation anormale de la cornée postérieure est clairement décrite.

Figure 2 Multicarte : On peut facilement noter un amincissement para-central ainsi qu’une élévation postérieure de la cornée (ajustement asphéro-torique). Les deux anomalies sont liées et localisées dans le même emplacement cornéen

3/ AS-OCT

Les cicatrices cornéennes avec contraction oblique des tissus laissant une empreinte postérieure irrégulière dans la zone de la lésion sont évidentes. On observe également une disparité entre la densité du tissu périphérique de la lésion et le reste de la cornée.

Figure 3. Il s’agit d’un balayage AS-OCT de 16mm traversant la lésion, montrant une extrême corrélation avec les multi-cartes. La taie cornéenne et l’amincissement sont évidents, ainsi que l’opacité liée à la cicatrice.

Figure 4. zoom à partir d’un balayage AS-OCT sur une zone de 16mm révélant une couche postérieure épaissie ainsi qu’une hyper-réflectivité du stroma

4/ Mécanisme de compensation

Afin de maintenir la régularité de la surface cornéenne, une compensation épithéliale pourrait lisser l’irrégularité causée par la lésion cornéenne en augmentant l’épaisseur de la cornée périphérique.

Figure 5. Dans le mode 6 cartes, incluant l’épaisseur épithéliale, l’observation d’une zone d’épaississement périphérique est frappante (zone circulaire).

 

En utilisant l’outil graphique de la carte d’épaisseur épithéliale, l’utilisateur peut noter que le « petit dôme au centre » est suivi d’une « crevasse » et se retrouve finalement avec une augmentation importante autour de l’hémi-méridien à 50 degrés.

Figure 6. Œil droit : En utilisant l’outil graphique, il est possible de reconnaître assez facilement le profil d’épaisseur et de comparer ces deux hémi-méridiens. La zone distale à la plaie a subi une hyperplasie épithéliale afin de compenser les irrégularités de la surface cornéenne.

Ce cas particulier est utile pour démontrer comment une carte axiale antérieure presque normale peut induire en erreur un clinicien lorsque seules les informations antérieures sont analysées. Si l’épaisseur de la cornée et les informations postérieures sont disponibles, des anomalies sont évidentes. D’autre part, si des cartes épithéliales sont également disponibles, on pourra alors observer les mécanismes de compensation cornéenne.